Les Beaujeu en Auvergne

La première Maison de Beaujeu fut particulièrement active au cours de ses trois siècles d’existence ; et une politique expansionniste énergique fut menée dès les premiers successeurs de Bérard de Beaujeu. Au sud et au sud-est, le comté de Forez et les domaines de l’Eglise de Lyon bloquaient toute progression. Au cours du XI° siècle, c’est donc vers le nord, sur les marches du comté de Mâcon, et vers l’est, outre-Saône, que les seigneurs de Beaujeu tentèrent tout d’abord d’étendre leur autorité. Cependant au milieu du siècle suivant Humbert III de Beaujeu sut saisir l’opportunité qui se présenta de prendre pied en Auvergne et obtint pour son fils Humbert « le jeune » la main d’Agnès de Thiers. Issue de la famille des vicomtes de Thiers, elle est parfois nommée Agnès de Thiern (du nom latin de la ville de Thiers: Thierno).

 

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Les seigneurs de Chameyré

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Les archives du Beaujolais ont beaucoup souffert de certaines périodes dramatiques de notre histoire, et les Guerres de Religion autant que la Révolution ont fait disparaître de très nombreux documents. L’histoire de certains fiefs et de certaines familles nobles du Beaujolais nous échappe donc largement. Parmi celles-ci figure la famille de Chameyré dont le premier membre connu est Geoffroy de Chameyré qui suivit Philippe-Auguste à la III° Croisade et participa au siège d’Acre (1191). Les sources sont trop lacunaires pour établir une généalogie de ses successeurs mais des mentions sont faites de membres de cette famille jusqu’à Guichard qui était seigneur de Chameyré en 1459-1460.

Le fief de Chameyré qui fut le berceau de cette famille et lui donna son nom était situé sur la paroisse de St-Jean-la-Bussière. Un autre fief portant ce nom existait sur la paroisse de Chamelet mais il est difficile d’établir avec certitude un lien avec le précédent. Le fief de ce nom situé sur la paroisse de Chamelet semble avoir été créé plus tardivement et n’est mentionné avec certitude qu’à partir du début du XV° siècle. Durant cette période ce dernier fief était tenu par un membre de la famille de Chameyré ce qui pourrait laisser supposer qu’il a été fondé par cette Maison, peut-être pour être donné en apanage à des cadets ; mais il ne s’agit là que d’une hypothèse.

Le blason de la Maison de Chameyré n’est malheureusement pas connu et c’est par erreur que certains, tel F. de la Roche-La-Carelle dans son Histoire du Beaujolais et des sires de Beaujeu, lui ont attribué pour armes « d’azur à la bande d’or accostée d’une étoile d’argent et d’une rose d’or ». Ce blason, qui est notamment visible dans une tour de la maison forte d’Epeisses à Cogny, appartenait en fait à la famille de Namy, souvent dite Namy de la Forest, qui succéda à la Maison de Chameyré et était en possession du fief d’Epeisses au milieu du XVI° siècle.

Guillaume de Beaujeu, grand-maître des Templiers

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Fait peu connu, un membre de la famille de Beaujeu a été pendant près de 20 ans à la tête du prestigieux ordre du Temple. Ce fait est longtemps passé inaperçu des historiens régionaux car l’existence même de ce membre de la famille de Beaujeu n’a réellement été établie qu’au milieu du XIX° siècle (grâce notamment aux travaux de M-C. Guigue). Auparavant le nom de ce grand maître, auquel on attribuait une origine bourguignonne, avait parfois été mal orthographié et désigné sous le nom de Guillaume de Beaulieu.

Ce 21° grand-maître appartenait cependant bien à la famille des sires de Beaujolais bien que son père, Guichard, n’ait jamais été seigneur de Beaujeu. Guillaume appartenait en fait à une branche cadette de la première Maison de Beaujeu, celle des seigneurs de Montpensier. Probablement né vers 1233, Guillaume de Beaujeu était le troisième ou le quatrième fils de Guichard de Beaujeu seigneur de Montpensier en Auvergne et de Catherine de Clermont dame de Montferrand. Deux de ses frères se distinguèrent au service du roi de France : Humbert, seigneur de Montpensier, qui devint connétable sous le règne de Philippe III le Hardi, et Herric (ou Henri ?) de Beaujeu qui fut maréchal de France. Guillaume, qui avait reçu en héritage la seigneurie de Sevens (ou peut-être Seveux en Bourgogne) choisit pour sa part de rejoindre l’ordre du Temple vers 1253. Envoyé en Terre Sainte, Guillaume de Beaujeu y effectua une brillante carrière qui le vit occuper tout d’abord l’office de châtelain de la forteresse de Château-Pèlerin, puis celui de maître de la province de Tripoli en 1271 avant d’être rappelé en Italie l’année suivante pour finalement devenir commandeur de la province des Pouilles.

armes de Guillaume de Beaujeu, grand-maître du Temple

Armes de Guillaume de Beaujeu, grand-maître de l’ordre du Temple

Guillaume de Beaujeu fut élu grand-maître de l’ordre du Temple, le 21° depuis la création de l’ordre, le 13 mai 1273. Les sources mentionnent sa présence au 2° concile de Lyon convoqué en 1274 par le pape Grégoire X qui souhaitait relancer la Croisade. Puis en Angleterre où il négocia avec le roi Edouard au mois d’août de la même année à propos du remboursement des sommes importantes que le souverain anglais restait devoir à l’ordre. De fait ce n’est qu’au printemps 1275 que le grand-maître put retourner en Terre Sainte où la situation des derniers établissements Francs demeurait précaire. Fin connaisseur des équilibres régionaux, Guillaume de Beaujeu noua des relations diplomatiques avec la cour du Caire et s’efforça d’éviter toute confrontation avec les Mamelouks qui constituaient alors la principale puissance du Proche-Orient. Puis en 1282 il renouvela pour 10 ans la trêve qui liait le royaume Franc au sultan du Caire, garantissant ainsi, au moins temporairement, la survie des établissements latins. Temporairement seulement, car en 1290 l’arrivée de Croisés italiens exaltés conduisit au massacre de commerçants musulmans dans la ville d’Acre et fournit au sultan Al-Ashraf un motif pour déclencher les hostilités.

Le grand-maître Guillaume de Beaujeu devint alors le principal artisan de la défense de la ville d’Acre assiégée à partir du début du mois d’avril 1291 par une armée mamelouk que les chroniqueurs de l’époque estiment à 200.000 hommes (peut-être convient-il de nuancer ce chiffre qui devait sans doute englober bon nombre de non-combattants chargés de la logistique de l’opération,…). Faisant taire leurs dissensions, Templiers et Hospitaliers défendaient les remparts nord de la ville. Au soir du 15 avril Guillaume de Beaujeu conduisit la sortie de 300 chevaliers contre les engins des assiégeants et échoua de peu à les détruire. Le 16 mai trébuchets et mangonneaux ouvrirent une brèche dans les murs et le 18 un assaut massif fut lancé qui ne put être stoppé. Les Musulmans commencèrent à se répandre dans la ville et c’est en tentant de reprendre la porte St-Antoine à la tête d’une vingtaine de chevaliers du Temple que Guillaume de Beaujeu fut blessé. Atteint d’un carreau d’arbalète sous l’aisselle, il fut emmené à l’abri par les siens et son départ aurait donné lieu à un échange légendaire que rapportent certains chroniqueurs : un chevalier l’aurait interpellé en lui reprochant de quitter la mêlée, à quoi Guillaume aurait répondu « Je ne m’enfuis pas, je suis mort ! ». De fait, transporté dans la citadelle des Templiers située à l’angle sud-ouest de la ville, Guillaume de Beaujeu y mourut quelques heures plus tard.

Selon des récits tardifs, et plus ou moins fiables, le frère de Guillaume de Beaujeu aurait fait rapporter son corps au château d’Arginy en Beaujolais qui appartenait à cette branche de la famille ; donnant ainsi naissance à certaines des légendes se rapportant à ce lieu.

Les Beaujeu à la bataille de Varey

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Dès le XI° siècle, les seigneurs de Beaujeu avaient posé les premiers jalons d’une expansion de leurs domaines outre-Saône et avaient acquis divers biens et droits en Dombes. Leur progression dans ce qui est actuellement le département de l’Ain se poursuivit au siècle suivant, et les amena à nouer des relations suivies avec d’autres grands lignages seigneuriaux, au premier rang desquels la Maison de Savoie. Motivée par des intérêts communs, une alliance  fut scellée très tôt entre ces deux Maisons et concrétisée par plusieurs unions matrimoniales. Le mariage d’Humbert III avec  Alix de Savoie (vers 1140) apporta ainsi aux seigneurs de Beaujeu la possession d’une importante seigneurie en Bugey composée des mandements de Virieu-le-Grand et Châteauneuf-en-Valromey. Malgré une période de tension au cours de la seconde moitié du XIII° siècle, consécutive à l’extinction de la première Maison de Beaujeu, cette alliance perdura dans le temps du fait notamment de la montée en puissance d’un rival potentiellement dangereux pour l’un comme pour l’autre : les sires de Thoire-Villars. Alliés fidèles des comtes de Savoie, les sires de Beaujeu furent ainsi amenés à participer à la Grande Guerre Delphino-Savoyarde (1285-1354). Les pays de l’Ain constituaient alors une zone frontalière et furent le théâtre d’importantes opérations durant le premier tiers du XIV° siècle. Le comte Amédée V de Savoie y avait remporté en 1321 un important succès en s’emparant de la forteresse de St-Germain-d’Ambérieu, et son fils et successeur Edouard avait décidé de poursuivre l’effort entrepris dans la région. Au mois de juillet 1325 il rassembla donc une importante armée et vint mettre le siège devant le château de Varey (Bugey) qui appartenait à un vassal de son adversaire le dauphin de Viennois. Une nouvelle fois, les Beaujeu avaient répondu à l’appel de leur allié. Accompagné de son frère Humbert, Guichard VI (seigneur de Beaujeu 1295 à 1331) avait conduit sur les bords de l’Ain une forte troupe de cavalerie. Les sources sont malheureusement peu nombreuses et il n’existe pas de véritable dénombrement des forces en présence, cependant deux documents postérieurs qui concernent indirectement la bataille nous éclairent quelque peu. Selon le premier, Guichard de Beaujeu conduisit à l’armée de Varey un contingent de 300 cavaliers ; le second avance quant à lui le chiffre de « six vingt » (120) chevaliers. Les deux n’étant d’ailleurs nullement contradictoires ; le différentiel indiquant seulement que de nombreux chevaliers étaient accompagnés d’un ou deux écuyers ou hommes d’armes à cheval qui combattaient à leurs côtés. Le chiffre de 120 chevaliers est loin d’être négligeable pour l’époque concernée et indique quant à lui que le seigneur de Beaujeu avait consenti un important effort de mobilisation. Il n’est pas fait mention de piétons dans le contingent de Guichard mais cela ne doit pas surprendre ; près de 110 kilomètres (par voie routière) séparent en effet Beaujeu de la plaine de Varey et l’habitude, dans les guerres féodales, était de lever les contingents de piétons dans les localités les plus proches de la zone des combats. L’imposante armée rassemblée par le comte Edouard de Savoie à Bourg-en-Bresse vint mettre le siège devant le château de Varey autour du 20 juillet et installa son camp dans la plaine située à l’ouest du château, non loin du village de St-Jean-le-Vieux. Selon la chronique savoyarde de Jehan Servion (rédigée au XV°), le siège avançait bien et une brèche avait été ouverte dans les remparts lorsqu’au matin du 7 août 1325 le comte Edouard et ses alliés eurent la surprise de voir les bannières dauphinoises déboucher des bois au sud du molard (colline) de Varey. Aux dires des chroniqueurs, c’est le contingent des seigneurs de Beaujeu qui reçut le premier choc et tenta de stopper l’avant-garde dauphinoise sur les bords de l’Oiselon (affluent de l’Ain). D’abord bousculés, les chevaliers du Beaujolais reçurent bientôt le soutien des alliés bourguignons du comte de Savoie et avec ces derniers ils repoussèrent le premier corps dauphinois. Ce succès fut cependant de courte durée et la charge du corps principal conduit par le dauphin Guigues VIII emporta tout sur son passage. Malgré une résistance héroïque, les chevaliers de Guichard VI furent mis en déroute avec des pertes sévères et le seigneur de Beaujeu lui-même fut fait prisonnier avec plusieurs de ses vassaux (de Marzé,…) tandis que son jeune frère Humbert était gravement blessé. Leur défaite annonçait celle de l’armée du comte de Savoie. Attaqués de face par la chevalerie dauphinoise et de flanc par la garnison de Varey, l’armée du comte Edouard ne tarda pas à se débander dans la confusion la plus complète et le comte de Savoie lui-même n’échappa que de très peu à la capture. La plus importante bataille rangée livrée en 70 ans de conflit se soldait par une éclatante victoire dauphinoise. Mais paradoxalement, elle coûta plus cher à la Maison de Beaujeu qu’au comte de Savoie. Guichard VI ne fut en effet libéré que contre une lourde rançon et la cession de plusieurs terres situées entre Dombes et Valbonne. Humbert de Beaujeu mourut quant à lui des suites de ses blessures quelques semaines après la bataille.

Vaurion

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Blason de la famille de Vaurion

Armes de la Maison de Vaurion : « de sable au chevron d’argent »

Le fief de Vaurion, qui a donné son nom à un hameau de la commune de Chamelet situé à 800 m environ du centre du bourg, est mentionné dans les sources à partir du XIV° siècle. Pourtant son existence remonte vraisemblablement au siècle précédent car celui qui semble en être le premier seigneur connu est Jean de Vaurion, damoiseau qui mourut probablement en 1316 ou peu après. De fait la date de création du fief de Valryon (nom primitif du lieu) nous est inconnue de même que les conditions de celle-ci mais il est établi qu’il s’agissait là d’un fief simple, sans justice, qui relevait de la mouvance de la châtellenie et prévôté de Chamelet. Le fief et le château de Vaurion ne sont mentionnés qu’après la cession de la châtellenie de Chamelet au sire de Beaujeu par le comte de Forez. L’hypothèse la plus vraisemblable est donc que, afin de récompenser un de ses fidèles, un seigneur de Beaujeu détacha une terre de la châtellenie de Chamelet, récemment acquise, et la donna à charge d’hommage à ce dernier qui prit alors le nom de Vaurion. Pratique alors courante durant les XIII° et XIV° siècle qui permettait à un baron de s’attacher la fidélité d’un vassal tout en renforçant les frontières de ses domaines. Le testament de Jean de Vaurion, daté de l’année 1316, tend d’ailleurs à confirmer cette hypothèse car il y est stipulé que ce dernier veut être enterré dans l’église du prieuré d’Alix, sépulture habituelle des membres de sa famille. Il est donc probable que le fondateur du fief de Vaurion appartenait à une famille de l’aristocratie originaire d’Alix ou des environs. Faute de documentation, l’histoire généalogique des premiers seigneurs de Vaurion échappe largement à notre connaissance et seul le Laboureur, historien de l’Ile-Barbe (XVII°) nous a transmis quelques éléments d’information à ce propos dans son Histoire généalogique de la Maison de Ste-Colombe. Grâce aux indications données par les actes privés, plus nombreux à partir du XV° siècle, il est cependant possible d’établir une esquisse de généalogie pour cette famille dont la branche aînée disparut en 1704.

généalogie de Vaurion

Le Tourvéon

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Des trois monts qui dominent le Beaujolais, le Tourvéon est celui qui est le moins élevé (949 m), mais c’est lui qui occupe la première place dans l’imaginaire régional. Occupé de manière permanente avant même le début de la période médiévale, la légende qui prend place dans le prolongement de la période carolingienne y situe en effet la forteresse de Ganelon, le traître et félon paladin de la Chanson de Roland (chanson de geste écrite à la fin du XI° siècle). Cette légende était encore très vivace au XVI° siècle comme le rapporte Nicolay, géographe du roi Charles IX, qui fit une enquête dans la région en 1573.

Les caractéristiques géographiques du site, qui domine toute la haute vallée d’Azergues, en font une place d’un intérêt stratégique évident. La présence à son sommet d’une construction à vocation militaire n’est donc pas une surprise. Malheureusement le caractère particulier des chroniques du haut-Moyen-Age, qui mêlent allègrement évènements historiques, légendes locales et morale religieuse, fait qu’il est difficile d’établir une trame historique incontestable. Il faut donc reconnaître que nous ne savons à peu près rien de cette forteresse ; bien qu’une origine gallo-romaine soit probable. Malheureusement le site n’a jamais fait l’objet d’une véritable campagne de fouilles archéologiques.

Repaire de seigneurs brigands ou de pillards sarrasins selon les sources, cette première place forte fut rasée au cours du IX° siècle sur l’ordre d’une autorité inconnue et dans des conditions qui nous échappent. La date même de sa destruction est inconnue car si la légende la situe au début du IX° siècle, sous le règne de Louis le Pieux, la mention d’un Pagus Tolvedonensis (cartulaire de l’église St-Vincent de Mâcon) durant la période 879-884 pourrait laisser supposer que le site était encore occupé et qu’il était alors le chef lieu d’une circonscription administrative du royaume carolingien de Francie occidentale.

 

ruines visibles au sommet du mont Tourvéon

ruines visibles au sommet du mont Tourvéon

 Sur cette photo, le mauvais état des ruines envahies par la végétation apparaît clairement. Prise depuis le côté sud, elle montre les soubassements et les restes de l’étage inférieur d’un bâtiment de forme quadrangulaire sous lequel se trouvait ce qui semble être une citerne. Celle-ci était couverte par une voûte dont la naissance est encore visible sur le mur de gauche. Le tas de gravats qui se trouve presque au centre de la photo résulte de l’éboulement du mur sud du bâtiment.

 

 

 

L’abbaye du Joug-Dieu

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Peu connue de nos jours, l’abbaye du Joug-Dieu (Jugo Dei), fut pendant une grande partie de la période médiévale l’une des principales abbayes bénédictines du Beaujolais. Située sur la paroisse d’Ouilly, (à 2,5 km du centre de l’actuelle Villefranche/Saône), cette importante abbaye n’est plus visible de nos jours. Ce qui restait de l’église et des bâtiments conventuels après la période révolutionnaire a été rasé en 1851. Le seul vestige qui nous rappelle son existence est l’ancien hospice qui, situé à l’écart, avait vocation à accueillir voyageurs et pèlerins.

Voulue par Guichard III de Beaujeu et sa femme Luciane, la fondation même de ce monastère est entourée de zones d’ombre ; d’autant que la charte de fondation de 1118 qui figure dans le cartulaire de l’abbaye de Tiron semble être un faux fabriqué plusieurs siècles après l’évènement comme l’a montré L.Merlet dans son analyse du document (1854). La véritable fondation remonte en fait à l’année 1114, ou plus probablement 1115, date à laquelle Guichard prit contact avec un homme d’église de grande réputation : Bernard de Ponthieu, abbé de Tiron (diocèse de Chartres). Adepte d’une interprétation très rigoureuse de la règle de St-Benoît, Bernard était à la tête d’un courant réformateur en pleine expansion au sein de l’ordre bénédictin. En réponse à la demande de Guichard, il envoya donc 6 de ses disciples, sous la conduite de Gauceran, pour fonder en Beaujolais un monastère de son obédience. Le seigneur de Beaujeu leur fit alors don de sa villa (domaine) de Thamais sur la paroisse d’Ouilly, afin qu’ils puissent y établir un prieuré qui prit le nom de Joug-Dieu. Rapidement les offrandes affluèrent et cette modeste implantation connut un développement rapide.

Dès 1137 le prieuré avait pris une telle importance qu’à la demande d’Humbert III de Beaujeu et de Pierre, archevêque de Lyon, l’abbé de Tiron accepta de l’ériger en abbaye sous le vocable de Sainte-Marie du Joug-Dieu. Puis en 1160 les religieux du Joug-Dieu fondèrent à leur tour une dépendance, sur la rive gauche de la Saône, en Bresse : le prieuré de Seillon. Ils ne la conservèrent cependant pas longtemps car les moines de ce prieuré, admiratifs de l’austérité de la règle des Chartreux, demandèrent à quitter la dépendance du Joug-Dieu pour rejoindre ce nouvel ordre monastique. Ce qui ne leur fut accordé par l’abbé Guy de Quincieux qu’en 1178 comme nous l’indique la bulle du pape Alexandre III qui confirme ce changement d’habit et de subordination. Ce transfert posait cependant la question du devenir du prieuré de Montmerle en Bresse qui dépendait à l’origine de celui de Seillon. En 1186 un accord fut donc conclu entre les Chartreux et l’abbaye du Joug-Dieu qui laissait à cette dernière toute autorité sur le prieuré de Montmerle. Or cet accord fut remis en question en 1210 lorsque les religieux de Montmerle décidèrent à leur tour de rejoindre l’ordre de St-Bruno. Il s’en suivit un grave différend entre les deux ordres qui ne fut réglé que par l’intervention et l’habile diplomatie de l’archevêque de Lyon, Renaud de Forez, en 1220. L’accord validé par le pape Honorius III deux ans plus tard entérinait le rattachement du prieuré de Montmerle à l’ordre des Chartreux mais laissait ses dépendances (telles la grange de Chivroux) au monastère du Joug-Dieu. Pourtant la grande abbaye beaujolaise sortait affaiblie de cette lutte contre les Chartreux qui l’avait privée de ses deux dépendances en Bresse et son expansion en fut compromise. Heureusement pour elle, le soutien des sires de Beaujeu ne lui fit jamais défaut.

Afin de compenser la perte de revenus liée à cette affaire, Humbert V de Beaujeu, à la veille de partir au pèlerinage de Compostelle (1231 ou peut-être 1232), autorisa l’abbaye à acheter des biens dans l’ensemble de ses domaines et à en assurer l’autorité temporelle. Ce qui permit à l’abbaye du Joug-Dieu d’acquérir la seigneurie d’Azolette, en haut-Beaujolais, à la frontière du Mâconnais. Grâce à une autre concession d’Humbert de Beaujeu, elle la posséda à partir de 1234 en toute justice et en tira des ressources conséquentes pendant les décennies suivantes. Cette prospérité ne survécut cependant pas aux conséquences régionales de la Guerre de Cent Ans. Appauvrie, presque désertée à la fin du XVème siècle, l’abbaye passa sous l’autorité d’abbés commendataires (non-résidents) jusqu’à sa sécularisation en 1687 et sa réunion avec la collégiale de Villefranche l’année  suivante.

Pour la période médiévale, les abbés connus sont les suivants (source principale Gallia Christiana) mais de nombreuses lacunes demeurent :

   –   Gauceran, prieur puis abbé du Joug-Dieu (1115-1140 env)

   –   Engelbert, abbé du Joug-Dieu

   –   Guy de Quincieux, abbé du Joug-Dieu (v. 1178-1182)

   –   Raynaud, abbé du Joug-Dieu (v. 1186)

   –   Aymon, abbé du Joug-Dieu (v. 1218-1220)

   –   Jean, abbé du Joug-Dieu (v. 1248)

   –   Martin, abbé du Joug-Dieu (v. 1274)

   –   Jean (II), infirmier de Tiron, abbé du Joug-Dieu (v.1300)

   –   Jean de Charlieu, abbé du Joug-Dieu (v. 1330)

   –   Hugues, abbé du Joug-Dieu (v. 1338)

   –   Lancelot de Charlieu, abbé du Joug-Dieu (v. 1339)

   –   Pierre, abbé du Joug-Dieu (v. 1354)

   –   Guy du Tremblay, abbé du Joug-Dieu (v. 1375)

   –   François du Tremblay, abbé du Joug-Dieu (v.1375)

   –   Hugues de Buffières, abbé du Joug-Dieu (v. 1417)

   –   Antoine de Pastorelle, abbé du Joug-Dieu (v. 1425)

   –   Pierre (II), abbé du Joug-Dieu (v. 1429)

   –   Simon, abbé du Joug-Dieu (v. 1447-1450)

   –   Antoine du Chazal, abbé du Joug-Dieu (v. 1460)

   –   Mathieu Pétrot, abbé du Joug-Dieu (v. 1464)

   –   Guillaume des Aies, abbé du Joug-Dieu (1464-1466)

   –   Antoine des Aies, abbé du Joug-Dieu (1466-1477)

   –   Jean de Bellecombe, abbé du Joug-Dieu (v. 1477)

   –   Claude, abbé du Joug-Dieu (v. 1483)

Ce que révèle une donation

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Faute de sources littéraires, de nombreux événements de l’histoire régionale resteront malheureusement à jamais inconnus ; particulièrement pour ce qui concerne la période antérieure au XIIIème siècle. Pourtant quelques informations nous parviennent parfois, de manière indirecte, au détour d’un document « administratif ». C’est ainsi le cas d’une charte figurant dans le cartulaire de la collégiale de Beaujeu. Simple acte de donation au profit d’un établissement ecclésiastique comme il en existe beaucoup, ce document présente cependant un autre intérêt. Il évoque en effet les guerres féodales qui marquèrent les premiers siècles de l’histoire des seigneurs de Beaujeu.

Durant la seconde moitié du XIème siècle, les confins du Mâconnais, de la Bresse et du Beaujolais étaient dominés par trois grands lignages : les puissants seigneurs de Bâgé sur la rive gauche de la Saône, les ambitieux seigneurs de Beaujeu sur la rive droite et les comtes de Mâcon. Tantôt alliés, tantôt rivaux, ils entretenaient des relations complexes et s’affrontèrent à plusieurs reprises. Ils n’hésitèrent pas non plus à s’attaquer aux grandes seigneuries ecclésiastiques voisines et notamment à celle qui était alors la plus riche et la plus prestigieuse : Cluny. C’est vraisemblablement à l’un des nombreux combats qui se déroulèrent durant cette période que fait allusion notre charte de donation.

Si aliquid de rebus nostris locis sanctorum offerimus, hoc nobis procul dubio in eterna beatitudine retribuere confidimus. Qua propter ego Rotlannus de Montaniaco et uxor mea nomine Girberga, et filius noster Hugo, damus , confisi de tanta misericordia, sacro sancte Dei ecclesie in honore Sancte Dei genitricis Marie fundate, in castello site Bello Joco, pro anima filii nostri Gausmari, qui Berziaco interfectus fuit, unum curtilum in villa de Bovinis situm, quem Durannus Rufus tenet, ea ratione, ut tam pro eo quam pro animabus omnium fidelium defunctorum fiat annuale obsequium. Actum Bello Joco manu Duranni scriptoris, vice Oddonis cancellarii, VIII kal. marcii, regnante Phylippo rege. Signum Rotlanni. S. Girbergiae. S. Hugonis. S. Stephani.

Classique dans sa forme, cet acte est une donation pieuse d’un membre de l’aristocratie locale comme il en existe beaucoup. Cependant ce qui lui donne un intérêt particulier est le fait que le donateur, Roland de Montagny, y fait exposer avec une certaine précision le motif de cette offrande.

Il s’agit pour Roland de Montagny d’assurer le repos de l’âme de son fils Gausmard, mort peu de temps auparavant dans des circonstances particulières. L’emploi du terme « interfectus » est en effet explicite et a, dans le vocabulaire latin des XIème et XIIème siècles, le sens de mort violente par les armes généralement associé au combat. Il est donc très probable que Gausmard de Montagny, jeune chevalier au service des seigneurs de Beaujeu, a été tué au combat lors des guerres privées évoquées précédemment. Le lieu de sa mort, Berzé (dans l’actuel département de la Saône-et-Loire, à 15 km environ au nord-ouest de Mâcon), tend d’ailleurs à confirmer cette hypothèse. On sait par d’autres sources que des opérations militaires se sont déroulées dans ce secteur qui appartenait à un vassal du comte de Mâcon et se trouvait aux portes des domaines de l’abbaye de Cluny. La date de ce combat est cependant impossible à définir précisément car la présente charte n’est datée que de manière incomplète. Le jour de la donation y est indiqué : « le huitième jour des calendes de mars », à savoir le 21 ou le 22 février, mais pas l’année. La référence au roi de France Philippe permet seulement de situer ce fait pendant le règne de ce dernier, soit entre 1060 et 1108. Grâce à un autre acte du même cartulaire, on sait que Roland de Montagny était mort en 1086. On peut donc en déduire que l’accrochage qui coûta la vie à Gausmard de Montagny eut lieu entre 1060 et 1085.

Au-delà de ce fait divers, c’est un fragment de la vie des habitants de la région qui resurgit à travers l’étude de ce document ; et nous rend ainsi la période médiévale moins abstraite.

(charte tirée du cartulaire de la collégiale Notre-Dame de Beaujeu publiée par MC.Guigue – acte n° 13 – p.18)

 

Chambost

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Camboscus, Chambosc ou Chambost-sur-Chamelet sont quelques-uns des noms utilisés durant la période médiévale pour désigner le village de Chambost qui était alors plus important qu’il ne l’est de nos jours. Chambost était d’ailleurs le siège de la paroisse tandis que le village d’Allières n’en était qu’une annexe de moindre importance. Contrairement à celle d’Allières qui a été reconstruite au XIX° siècle, l’église de Chambost a conservé, au moins en partie, son caractère d’origine comme en témoigne cette vue du chevet roman de l’église qui date de la fin du XI° ou du début du XII° siècle.

Chambost Mais il y avait également à Chambost un château qui constituait le siège d’une seigneurie. La date d’apparition de cette dernière ainsi que l’identité des premiers possesseurs demeurent inconnues, mais il semble qu’aucune famille de chevaliers ne portait le patronyme de Chambost durant la période médiévale. Au début du XIV° siècle, la seigneurie de Chambost appartenait à la famille des Verneys qui comptait parmi les grands vassaux des seigneurs de Beaujeu. Un acte daté de l’année 1309 nous apprend d’ailleurs qu’un différend avait opposé Pierre des Verneys, chevalier et seigneur de Chambost, à Guichard de Beaujeu à propos du droit de justice de la seigneurie. Par la suite la seigneurie de Chambost passa de la Maison des Verneys à celle de Mont d’Or dans des conditions qui nous échappent. Seule certitude, Claude de Mont d’Or, chevalier, reçut la terre de Chambost en partage au moment où fut réglée la succession de son père (1459). Puis son fils Zaccharie lui succéda à la tête de cette seigneurie. Au début du siècle suivant Chambost échut en héritage à Jacqueline de Mont d’Or qui l’apporta en dot à son époux Claude de Fougères, vicomte et baron d’Oingt, lequel en fit aveu et dénombrement au mois de mars 1539.

Chambost 2 Les vestiges du château de Chambost se devinent encore au lieu-dit La Garde (au premier plan). Parmi un ensemble de bâtiments convertis en ferme quelques éléments médiévaux subsistent et notamment les restes d’une tour ronde (découronnée).

Les seigneurs des Etoux

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Proche de Beaujeu, le village des Etoux semble avoir constitué, dès le milieu du XI° siècle, un fief tenu par la famille de ce nom. Pourtant l’existence de cette famille noble paraît avoir échappé à la plupart des historiens du Beaujolais. Elle n’est même pas mentionnée dans  l’Armorial général du Lyonnais, Forez et Beaujolais (A.Steyert).

On la retrouve pourtant dans l’entourage des seigneurs de Beaujeu dès les années 1080. Etienne des Etoux (Stephani de Stopis) figure alors au premier plan des vassaux d’Humbert de Beaujeu et apparaît parmi les témoins de diverses concessions aux Eglises de Beaujeu et Mâcon à au moins 4 reprises entre 1086 et 1101 ainsi que le montre l’étude des actes du cartulaire de la collégiale Notre Dame de Beaujeu.

Au mois d’août 1086, cet Etienne était marié à une femme nommée Vandalmonde (sans autre précision) dont il avait trois fils en âge de participer à la vie publique et nommés respectivement Pierre, Durand et Etienne.

Un nommé Durand des Etoux (Durandus de Estoldis) figurait encore aux côtés de Guichard de Beaujeu, parmi les témoins d’un acte de concorde passé entre Guillaume, frère du comte Renaud de Mâcon, et l’évêque Josserand. Acte du cartulaire de St-Vincent de Mâcon établi dans le deuxième quart du XII° siècle. Il fut également au nombre des chevaliers qui se portèrent caution de l’acquisition, par Guichard de Beaujeu, de la seigneurie de Montmerle en Dombes en l’an 1120.

Cette famille semble disparaître des actes dès la fin du XII° siècle ; sans que l’on sache si réellement elle s’est éteinte à cette période.